Le 16 février 2026, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture une proposition de loi visant à encadrer l’usage des outils d’analyse vidéo automatisée dans les commerces.
Le texte a été adopté avec 60 voix pour, 13 contre et 5 abstentions, sur 73 suffrages exprimés, traduisant un soutien majoritaire mais non unanime, signe d’un sujet à la fois stratégique et sensible.
Les débats parlementaires ont été particulièrement actifs : une cinquantaine d’amendements ont été déposés, discutés, adoptés ou rejetés, illustrant les arbitrages entre innovation technologique et protection des libertés.
Cette loi intervient dans un contexte économique marqué. La démarque inconnue représente aujourd’hui entre 1 à 4% du chiffre d’affaires du retail en Europe, soit 6 à 7 milliards d’euros de pertes annuelles en France. Sur les trois dernières années, elle a progressé d’environ 35 %.
Dans le même temps, les vols à l’étalage ont connu une forte hausse, avec +54,7 % en un an selon les données disponibles.
Le cadre législatif répond donc à une double pression : sécuritaire et économique.
1 · Une loi construite comme un cadre expérimental
Le texte adopté repose sur une logique progressive. Il ne s’agit pas d’autoriser massivement l’intelligence artificielle dans la vidéoprotection, mais de tester son usage dans un cadre strict.
L’expérimentation est prévue jusqu’au 31 décembre 2027 et concerne uniquement certains environnements :
- commerces de détail
- grandes surfaces
- centres commerciaux
Les dispositifs autorisés peuvent analyser des flux vidéo en temps réel afin de détecter des situations prédéfinies susceptibles de révéler un risque de vol.
Point central :
- le système n’agit pas, il alerte
- la décision reste humaine
Ce principe a été au cœur des débats parlementaires et renforcé via plusieurs amendements.
2 · Des usages autorisés mais strictement encadrés
La loi autorise un usage ciblé de l’analyse vidéo algorithmique, uniquement dans une logique de prévention.
Les systèmes peuvent :
- analyser les images en temps réel
- détecter des comportements prédéfinis
- générer des alertes à destination des équipes
Ces outils répondent à une contrainte terrain bien identifiée. Un magasin génère en moyenne 22 alertes par jour, soit environ 2 alertes par heure travaillée. Sans hiérarchisation, ces alertes deviennent difficilement exploitables.
Lorsque les équipes traitent environ 90 % des alertes, on observe en moyenne 8 vols interceptés par mois.
L’IA au cœur de ces systèmes apprend en continu : une bonne qualification des alertes permet de réduire jusqu’à 50 % des fausses alertes.
3 · Des interdictions claires au cœur du texte
Le législateur a posé des limites strictes, qui ont structuré une grande partie des débats.
Sont interdits :
- la reconnaissance faciale
- les traitements biométriques
- toute identification automatisée
- les interconnexions avec d’autres bases de données
- toute prise de décision automatisée
Ces interdictions ont été confirmées et renforcées lors de l’examen des amendements, certains visant précisément à éviter tout glissement vers des usages intrusifs.
L’objectif est explicite : éviter toute dérive vers une surveillance intrusive.
4 · Une réponse directe aux enjeux du retail
La loi s’inscrit dans une réalité opérationnelle très concrète.
La démarque inconnue est aujourd’hui majoritairement liée à :
- 45 % de vol à l’étalage
- 35 % de vol interne
À l’échelle d’un point de vente réalisant 10 millions d’euros de chiffre d’affaires, une démarque de 1,5 % représente 150 000 euros de perte annuelle.
Une amélioration de 0,3 point permettrait déjà de récupérer 30 000 euros.
Par ailleurs, les environnements sont de plus en plus complexes : multiplication des points de vente, augmentation du nombre de caméras, intensification des flux.
L’enjeu n’est plus d’avoir plus de données, mais de les rendre exploitables en temps réel.
5 · Un cadre juridique exigeant
La loi ne se limite pas à définir des usages. Elle impose un cadre de mise en œuvre structurant.
Chaque projet devra intégrer :
- une analyse d’impact relative à la protection des données (AIPD)
- une traçabilité complète des traitements
- une documentation technique des algorithmes
- une phase de test préalable
- une autorisation préfectorale
Les dispositifs restent soumis au RGPD et au contrôle de la CNIL.
À ce stade, la loi ne prévoit pas de régime d’amende spécifique. Toutefois, toute non-conformité peut être sanctionnée dans le cadre du droit existant, notamment en matière de protection des données.
La conformité devient donc une condition de déploiement, et non un simple enjeu secondaire.
6 · Un sujet aussi organisationnel que technologique
Les débats parlementaires ont également mis en évidence une dimension souvent sous-estimée : l’organisation interne.
Un projet de caméras augmentées implique plusieurs acteurs :
- direction sûreté
- DSI
- DPO
- direction juridique
- équipes terrain
La réussite ne repose pas uniquement sur la technologie, mais sur la capacité à coordonner ces fonctions.
L’enjeu est autant organisationnel que technique.
7 · Une innovation sous conditions
La loi du 16 février 2026 illustre une approche équilibrée.
Elle reconnaît l’intérêt opérationnel de l’analyse vidéo automatisée dans un contexte de pression économique forte, tout en posant des limites strictes pour encadrer son usage.
Les débats, les amendements et le vote final traduisent cette tension :
- nécessité d’efficacité
- exigence de protection des libertés
- besoin de transparence
L’innovation est autorisée, mais sous conditions.
8 · Anticiper plutôt que subir : un enjeu stratégique
Ces évolutions réglementaires ne constituent pas une rupture brutale. Elles viennent structurer des pratiques déjà engagées par les acteurs les plus avancés du marché.
Anaveo depuis plus de 30 ans s’appuie sur sa plateforme INNOVEO pour concevoir et déployer des solutions de sécurité unifiée et intelligente, intégrant nativement les enjeux de conformité, de souveraineté des données et de cybersécurité.
Au-delà de la technologie, l’enjeu réside dans la capacité à accompagner les entreprises dans la mise en œuvre opérationnelle de ces exigences : cadrage réglementaire, réalisation des analyses d’impact (AIPD), gestion des autorisations et exploitation des données.
Dans cette continuité, des solutions comme la Smart App Suspect Tracker sont déployées afin de détecter des comportements à risque tout en respectant les contraintes réglementaires et opérationnelles du terrain.
L’engagement d’ANAVEO se traduit également par sa participation active au PERIFEM et son rôle de membre fondateur du Collectif pour une vidéosurveillance responsable, contribuant à structurer des standards communs à l’échelle du marché.
Conclusion : vers une sécurité pilotée et encadrée
La loi du 16 février 2026 marque une étape importante dans l’encadrement des technologies de sécurité.
Elle met en place un cadre expérimental, limité, contrôlé et évolutif.
Ce texte pose les bases d’un nouveau modèle : une sécurité capable d’exploiter la donnée en temps réel, tout en respectant des exigences élevées en matière de conformité et de gouvernance.
Dans ce contexte, les entreprises doivent désormais intégrer une réalité nouvelle : la performance d’un système se mesure autant à son efficacité opérationnelle qu’à sa capacité à démontrer sa conformité.
